Nasr Eddin a présumé de ses forces. Il a cru pouvoir porter sur son dos au marché de la ville voisine un gros sac de pois chiches. Arrivé à peine à mi-chemin, il se sent déjà complètement épuisé et il implore le ciel de venir à son secours :

– Ô Allah le Bienveillant ! Aie pitié de Ton serviteur, vite, un âne ! Je t’en supplie, Allah, un âne !

Là-dessus un brigand à cheval surgit de derrière un rocher et, menaçant Nasr Eddin de son poignard, lui ordonne brutalement :

– Prends sur ton dos le chargement de ma jument qui est fatiguée ou je te tranche la gorge !

Et le Hodja, comme une bête de somme, se voit contraint de porter les affaires du brigand qui pèsent bien deux fois autant que son sac de pois chiches.

– Ô Allah ! Allah ! marmonne-t-il écrasé sous le poids, je vois qu’avec toi on n’est jamais assez précis dans ses prières : je te demandais d’avoir un âne, pas d’être un âne !

Extrait de : Jean-Louis Maunoury – Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja.

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