Il était une fois un garçon qui avait peur de tout. Si le chien du voisin aboyait tout content en s’éveillant de la sieste, le garçon s’échappait en criant (laissant le pauvre animal ahuri). Si quelqu’un approchait la main pour lui faire une caresse, le garçon tressaillait et reculait. Si des étrangers entraient dans la maison, il courait dans sa chambre et se cachait sous le lit. Et, à certaines heures, même la maison, même sa chambre le terrorisaient, et alors il s’échappait même de là, sortait dans le jardin et jetait des regards affolés de tous les côtés, ne sachant plus dans quelle direction courir.

Il y avait aussi, à cette époque, dans cette partie du monde, un homme qui semblait n’avoir peur de rien. Il avait connu la guerre et les fléaux, il avait affronté mille désastres, il avait traversé des déserts suffocants, escaladé des montagnes hautes jusqu’au ciel, et rien ne l’avait jamais troublé. Un jour l’homme qui semblait n’avoir peur de rien entendit parler du garçon qui avait peur de tout et décida de l’aider. Il se rendit à sa maison, entra dans sa chambre, s’assit confortablement et, sans le regarder, sans le chercher sous le lit, commença à lui parler. « Là où tu te trouves » lui dit-il « cesses-tu d’avoir peur ? » « Non » répondit le garçon « la peur est toujours là. » « Sais-tu pourquoi ? » dit l’homme. « Par ce que ce dont tu as peur tu le portes toujours avec toi, parce que c’est en toi. » « Et qu’est-ce que c’est ? » demanda le garçon. « Je ne sais pas » répondit l’homme « personne ne le sait. Si on le savait ça ne ferait plus peur. Mais je sais que s’échapper ne sert à rien ; je sais que ce n’est pas de moi que tu dois avoir peur, ni du chien, ni des gens qui tendent la main vers toi. »

Il ne se passa rien cette fois là. L’homme partit et le garçon resta sous le lit. Il ne se passa rien la première fois, et pas non plus la deuxième. Mais petit à petit quelque chose commença à changer. Il arriva encore que le garçon se cloître dans sa chambre, quand la nuit tombait et que des ombres étranges se dessinaient sur les murs ; il arriva qu’il s’échappe dans le jardin et qu’il jette des regards de tous les côtés, ne sachant plus dans quelle direction courir. Mais il arriva aussi que les paroles de l’homme lui vinssent en tête et il lui sembla inutile de courir, et alors mieux valait rentrer à l’intérieur. Il passa de longues journées à s’observer attentivement dans le miroir, cherchant à comprendre la chose dont il avait peur, il ouvrait grand la bouche pour voir s’il s’agissait de quelque chose qu’il avait ingurgité. Il ne découvrit rien, évidemment : s’il avait découvert quelque chose il n’aurait plus eu peur. Et pourtant il continuait à avoir peur, mais au bout d’un moment ça n’eut plus d’importance.

Un dimanche matin le garçon sortit de la maison et caressa le chien du voisin, qui resta coi. Depuis lors, personne ne l’a plus revu. Certains racontent qu’il se serait perdu dans des déserts suffocants et des montagnes hautes jusqu’au ciel, qu’il aurait vu le fond des mers et les entrailles de la terre.

Traduit depuis : Ermanno Bencivenga – La filosofia in sessantadue favole (Il bambino che aveva paura).

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