
Le chevreau de l’année est là devant sa mère. Il se dresse et apprend à tirer sur des feuilles basses. Il fait comme elle fait aux branches hautes, il fait tout comme elle. Elle est là, il la voit, elle le voit, tout va bien. Et puis voilà qu’il ne la voit plus. Elle lui est cachée par des herbes plus hautes que lui. Il s’affole, il crie, il gueule, il est perdu. Sa petite vie s’effondre. Sa mère ne lui répond pas puisqu’elle le voit, puisqu’il est là et qu’elle est là. Quand même, elle pourrait bien le rassurer ! Mais le rassurer de quoi puisqu’il n’est pas perdu, puisqu’il est là tout près, puisqu’elle le voit. Alors quoi ?
Ainsi en est-il de nous, affolé, abandonné, quand l’être cher si proche a disparu, qu’on ne le voit pas, qu’il ne nous répond plus. On le croit perdu, mais lui est là à se demander ce qu’on a, nous, à gueuler comme des perdus.
Il suffit pourtant de faire quelques pas dans l’herbe haute pour se retrouver. On ne se voit peut-être plus, mais on peut s’entendre. Il suffit de se calmer, d’écouter, de continuer à manger, à vivre.
Extrait de : Marie Faucher – Contes des sages qui guérissent.