Un Qinais nommé Pang avait un fils raisonnable en son enfance qui devint fou à l’adolescence. Ce fils confondait chants et pleurs, blanc et noir, parfum et puanteur, sucré et amer. Il agissait mal en croyant agir bien. Dans son esprit, ciel et terre, points cardinaux, eau et feu, froid et chaud étaient inversés.

Monsieur Yang dit au père qu’un homme de qualité du Lu connaissait de nombreux arts et saurait peut-être guérir le fils. Le père se rendit au Lu, et, en quittant le Chen, rencontra Laozi à qui il rendit témoignage sur son fils. La réponse de Laozi fut : « comment sais-tu que ton fils est fou ? Chacun se trompe sur le vrai et le faux, confond l’utile et le nuisible. Nombreux ceux qui souffrent des maux de ton fils, c’est pourquoi nul n’est éveillé. De plus, si une personne est folle, toute sa famille ne l’est pas ; si une famille est folle, tout le comté n’est pas fou, si un comté est fou, toute la principauté n’est pas folle ; si une principauté est folle, le monde entier n’est pas fou. Et si le monde entier était fou, qui le dérangerait ? Si chacun sur Terre avait un esprit comme celui de ton fils, c’est toi qui serais fou. Qui peut définir ce qui est triste, agréable, mélodieux, beau, parfumé, savoureux, vrai, faux ? De plus, ce que je viens de te dire n’est pas nécessairement sensé, et ton homme de qualité du Lu, le plus grand des fous, comment pourrait-il guérir la folie d’un autre ? Au lieu de faire des provisions pour voyager, rentre vite chez toi. »

Extrait de : Lie Tseu – Traité du Vide Parfait.

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